Saint Benoit de Nursie, Patron de l'Europe, Père des moines
Vers l'an 300, Antoine, jeune et riche paysan de la vallée du Nil, entendant un dimanche à l'église la lecture de l'évangile comprit que l'appel de Jésus lui était personnellement adressé : "Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres. Puis viens et suis-moi" Sans hésiter, Antoine distribue l'héritage de ses parents abandonne sa maison et part... Si tous les moines se reconnaissent en saint Antoine, ce n'est pas qu'il ait inventé ce genre de vie, c'est que, comme lui, ils ne sont rien d'autres que des chrétiens désireux de prendre au sérieux l'Evangile et choisissent des moyens radicaux pour le vivre pleinement..
Les moines bénédictins suivent la règle de saint Benoît de Nursie qui propose une vie équilibrée entre la prière commune, la prière personnelle dans le silence, la lecture qui permet un enrichissement de la personne, le travail, l'accueil, la vie fraternelle, autant d'éléments qui composent toute vie humaine, mais dont l'harmonie et l'équilibre ont été soigneusement mis au point par des siècles d'expérience de la vie monastique.
Benoît nous est connu par deux sources : le deuxième livre des Dialogues du pape saint Grégoire, écrit à Rome en 593-594, moins de cinquante ans après sa mort, et un texte législatif, appelé "la règle des monastères".
La vie que nous laisse saint Grégoire n'est pas une biographie au sens moderne du terme, car il s'intéresse d'abord au pouvoir de faire des miracles et au don de prophétie de l'homme de Dieu; mais en même temps il nous donne des faits réels de sa vie, bien que ce ne soit pas toujours facile de les séparer du symbolique ou de l'imaginaire.
Saint Benoît est né à Nursie vers 480 dans une famille patricienne. C'est l'époque à laquelle vivaient dans notre pays Clovis, le roi des francs ainsi que Clotilde, Geneviève, la bergère de Nanterre et Rémi l'évêque de Reims, une époque troublée par les invasions des barbares auxquelles fait écho le texte de saint Grégoire.
Il va à Rome pour étudier les arts libéraux mais, dégoûté de la vie corrompue de la ville, il quitte tout et se retire dans la solitude de Subiaco, où il mène une vie d'ermite, "désireux de plaire à Dieu seul", selon la parole de son biographe. Attirés par sa vie, quelques moines demeurant aux environs lui demandent avec insistance d'être leur supérieur et leur maître. Benoît accepta, mais, lorsqu'il essaya de corriger leur conduite de vie pas très exemplaire, ils attentèrent à sa vie en lui offrant une coupe contenant du poison (coupe qu'il brisa par un signe de croix miraculeux) si bien qu'il quitta ce lieu inhospitalier.
Après avoir édifié douze petits monastères, Benoît quitte Subiaco, probablement en 528 ou 529, et se dirige vers le Sud, avec quelques disciples. On ne connaît pas la raison du choix de la montagne "sur la côte de laquelle est Cassino" (Dante, Paradis, XXII, 37), mais on suppose la contribution d'un bienfaiteur patricien. Doué de sens pratique, dans la zone d'entrée du cloître actuel, Benoît adapta le temple païen en oratoire pour sa communauté et utilisa les autres édifices comme habitation pour les moines et pour les pèlerins, et comme espace pour leurs activités de travail. De même, sur le sommet de la montagne, où il y avait un bosquet païen, fut édifié un petit oratoire à la gloire de St. Jean-Baptiste, où il fut enterré auprès de sa soeur Ste. Scholastique.
Agé de près de 70 ans et sentant que ses forces allaient manquer, il se fit transporter dans l'oratoire de St. Martin et là, les bras levés au ciel, après avoir reçu la communion, il mourut. La tradition situe la date de sa mort le 21 mars 547; sa dépouille mortelle qui fut déposée dans l'oratoire saint Jean Baptiste, avec celle de sa soeur Sainte Scholastique, fut amenée à Fleury à la fin du VII ème siècle par les moines de notre monastère, et ses ossements reposent depuis cette époque dans une châsse-reliquaire située dans la crypte de la Basilique de Saint Benoît sur Loire où de nombreux fidèles viennent encore les vénérer.
Chaque année, à l'occasion de la fête de la Translation de ses reliques (c'est à dire de l'anniversaire de leur arrivée en notre monastère) célébrée depuis toujours le 11 juillet, celles-ci sont portées en procession dans l'église par ses fils, depuis la crypte jusqu'à la Basilique où est célébrée la messe de sa fête.
St. Benoît a été proclamé par le pape Paul VI, le 24 octobre 1964, Patron principal d'Europe, "parce qu'il a été messager de paix, opérateur d'unité, maître de civilisation et surtout héraut de la Foi et initiateur de la vie monastique en Occident" (Bref Apostolique Pacis Nuntius)
St Benoît apparait comme un type d'homme pour qui Dieu seul compte vraiment : sa pensée imprègne et régit toute son activité; on peut dire qu'il n'est vraiment lui-même qu'en vivant sa relation de dépendance à l'égard de ce Dieu qu'il cherche et par qui il est fasciné.
A travers sa biographie et ses écrits, il apparaît comme un homme pratique et direct, qui a le sens du concret et du tangible, plutôt que comme un spéculatif et un doctrinaire : ainsi il préfère toujours décrire des attitudes et des comportements afin de se faire comprendre des plus simples, plutôt que de donner des principes abstraits.
"Saint Benoît trouva le monde social et matériel en ruine, et sa mission fut de le remettre en état, non par des méthodes scientifiques mais par celles de la nature, non en s'acharnant ni en prétendant le faire en un temps requis, mais si calmement, si patiemment, si graduellement que bien souvent on ignorait que ce travail fût en train jusqu'au moment où on le trouva terminé.
Ce fut une restauration plutôt qu'une œuvre charitable, une correction, une conversion. Le nouvel édifice qu'il aidait à créer fut un jaillissement plutôt qu'une construction. Des hommes silencieux apparaissaient dans la campagne ou dans la forêt, creusant, défrichant, bâtissant. D'autres hommes silencieux qu'on ne voyait pas se tenaient assis dans le cloître glacé, fatiguant leurs yeux et tendant leur esprit, péniblement occupés à copier et à recopier les manuscrits qu'ils avaient sauvés. Nul ne contestait ou ne renonçait, nul n'attirait l'attention sur ce qu'il faisait mais, peu à peu, les bois marécageux devenaient un ermitage, une maison religieuse, une ferme, une abbaye, un séminaire, une école, une cité. Des routes, des ponts la mettaient en rapport avec d'autres abbayes et d'autres cités qui avaient grandi de la même manière.
Et ce que l'orgueilleux Alaric et le cruel Attila avaient ruiné, ces hommes de patience et de méditation l'ont réparé et rendu à la vie."